Les Bibles moralisées des livres d'images

Les Bibles moralisées des livres d'images


A partir du 13e siècle et jusqu'au 15e siècle, de grandes bibles, appelées communément bibles « moralisées », ont été produites en France a usage royal. Elles ne correspondent pas tout à fait au concept que nous avons de ce livre. Elles sont conçues comme des livres d'images racontant et expliquant la Bible. De très grand format, la bible moralisée ne contient qu'une sélection restreinte de textes bibliques ainsi que de courts commentaires composés par des théologiens anonymes. On l'appelle ainsi car les interprétations bibliques qu'elle contient consistent en des actualisations morales, qui se traduisent parfois par l'utilisation d'exemples tires du Nouveau Testament.

Contrairement a d'autres ouvrages, ici le texte biblique ne peut être dissocié de l'image. Chacune de ces bibles moralisées totalise plusieurs milliers d'illustrations. La mise en page varié peu, au long de l'ouvrage: deux colonnes de texte, plus étroites, sont flanquées de deux bandes de riche ornementation avec quatre médaillons chacune totalisant huit histoires par feuillet. Priorité est donnée a l'image. Les illustrations, riches en couleurs, dominent, candis que le texte est abrégé. Dans presque tous les ouvrages conservés, le texte et les images doivent se lire de haut en bas, colonne de gauche puis celle de droite, sachant que chaque image biblique fait couple avec l'image moralisée située a au-dessous d'elle (voir les flèches). Au moment de leur élaboration, il fallait que théologiens, artistes et iconographes collaborent étroitement.

En effet, étant donné la nouveauté de ces commentaires, une grande quantité d'images étaient a créer. Les théologiens definissaient alors les sujets et pouvaient orienter les artistes dans leurs choix iconographiques. Ces bibles, réalisées dans des ateliers parisiens, servaient d'instrument pédagogique.

La Bible de Tolède, appelée aussi Bible de Saint-Louis, fut réalisée á Paris pour le roi Louis IX, entre 1226 et 1234.

Dans le médaillon supérieur, Jérémie, un genou á terre, les mains jointes, en prière, supplie Dieu en faveur d'un groupe d'hommes situé sur la droite. Dieu, sous les traits d'un homme imberbe, nimbé, se tient debout, au centre de l'image. Il lève ses deux index, marquant ainsi son désaccord avec le prophète. La phrase latine notée en regard de l'image permet de saisir son sens: «Quant à toi, n'intercède pas pour ce peuple là, n'élève en leur faveur ni plainte ni prière.» (Jr 11, 14,} Le peuple juif refuse d'entendre les paroles divines dévoilées au prophète, alors Dieu ne veut pas écouter ses prières. Dans le médaillon inférieur qui donne l'interprétation morale, Jérémie est comparé au clerc donnant l'aumône et intercédant ainsi en faveur des hommes. Alors que le clerc, suivi d'un acolyte, s'apprête á remette un pain rond à un homme alité, un ange, descendu du ciel, semble arrêter son geste. Un démon, la main velue dans les cheveux du malheureux, permet de saisir que ce dernier est indigne d'une telle faveur. Comme le souligne le texte moralisateur: "Le Père est prié vainement pour quelqu'un qui ne mérite pas de recevoir quelque chose.»

Bible de Saint Louis, folio 138, verso. II, Trésor de la cathédrale, Tolède (Espagne). © M. Moleiro

CÉCILE FOUQUET-ARNAL

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