L’Atlas Miller, réalisé en 1519 par Lopo Homem, Pierre Reinel et son fils Georges Reinel, avec des miniatures d’Antoine de Hollande, est l’une des merveilles de la cartographie portugaise du XVIe siècle. La conception géographique qui y est reflétée est identique à celle que Duarte Pacheco Pereira, fervent adepte de l’impérialisme manuélin, expose dans son Esmeraldo de Situ Orbis : un globe sur lequel les terres prédominent sur les eaux, car au-delà des trois continents connus par les Anciens il y a, à la fin, un quatrième, et la mer, entourée de terres, n’est qu’une grande lagune. Du point de vue de l’esthétique l’atlas est inégalable. C’est, sans aucun doute, l’œuvre la plus luxueuse qui existe en son genre, ce qui nous fait penser que D. Manuel l’a fait faire pour un cadeau d’état, bien que nous ne sachions pas pour qui. D’une certaine manière il peut aussi être considéré comme un instrument de propagande de l’idée impériale manuéline, imprégnée de tons messianiques.
Complétant adroitement les données des découvertes portugaises avec des éléments pris à Ptolémée, les cartographes dessinent un monde apparemment déjà découvert dans sa totalité –signe que la fin des temps est proche, quand rien de ce qui avait été caché durant des siècles ne restera occulté. Des miniatures se dégage une sensation d’optimisme, car l’exotisme –les éléphants, les chameaux, la faune américaine, le bois du Brésil, les villes puissantes de l’Asie– devient familier, et la richesse surabondante, pour combler les nécessiteux de biens et élever les humbles. Tout ceci, bien sûr, grâce à l’effort d’un élu du Seigneur, qui choisit les petits pour confondre les puissants…
Prof. Luís Filipe F. R. Thomaz,
Directeur de l’Institut d’Etudes Orientales de la Universidad Católica Portuguesa