Bible moralisée de Naples

f. 129r : L'Annonciation (Lc 1, 31-38)


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« Cest lystoire : Coment li angles Gabriel annuncia a la vierge Marie que ele devoit concevoir Notre Seignour Ihesu Crist. Ensi que saint Luc le dist en son evangile u primier capitle »

Thème célèbre s’il en est, maintes fois représenté dans l’art du Trecento, l’Annonce à Marie de sa conception prochaine du Christ est codifiée par la pratique picturale selon quelques modèles-phares. Le choix iconographique des grands maîtres siennois (Vierge assise au livre) n’a pas été retenu par l’artiste A du cycle néo-testamentaire de Naples. Par contre la Vierge surprise, debout dans sa demeure, par l’ange Gabriel qui vient s’agenouiller à ses pieds rappelle la composition d’ensemble du panneau de l’Annonciation peint vers 1343-1350 par Taddeo Gaddi (Fiesole, Musée Bandini). L’architecture de la maison à tourelle et balcon, représentée de trois-quarts, permet de varier les angles de vue à l’intérieur et à l’extérieur d’un espace construit : le théâtre de l’action se situe dans une salle quadrangulaire ouverte sur le devant et dépouillée de toute notation pittoresque – un lieu intellectualisé où l’irruption de l’ange équivaut, par métonymie, à la « pénétration du dedans par le dehors », l’Esprit de Dieu se manifestant sous la forme d’une colombe. Marie effectue un léger mouvement de retrait mais son regard abaissé vers l’envoyé céleste, ainsi que les paumes de ses mains ouvertes, manifestent son écoute et son acceptation : « Je suis la Servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit ! ». Telle est sa réponse au messager divin qui lui annonce qu’elle va être enceinte, qu’elle enfantera un fils et qu’elle lui donnera le nom de Jésus, tandis que l’Esprit saint darde sur elle ses rayons dorés. A droite, la porte close de l’édifice peut être une allusion à la maternité virginale de Marie, d’après les Pères de l’Eglise. L’Ange Gabriel tient à la main un long sceptre à fleur de lys – une fleur qui symbolise l’élection, le choix de l’être aimé dans la tradition biblique, et qui est devenu l’emblème de la Vierge Marie dans la tradition chrétienne. Sa robe couleur de feu, assortie à la petite flamme qui brille sur son front, ravive par contraste la palette aux teintes douces et nuancées de l’ensemble, et souligne avec éclat l’intrusion du divin dans l’humaine « réalité ». De fait, sur un plan théologique, le mystère de l’Incarnation repose sur le dogme du Verbe fait chair qui fonde la foi chrétienne. Avec l’Annonciation, on passe du monde de l’ancienne Loi à l’ère de la Grâce, du Rachat et du Salut, rendu possible à terme grâce au sacrifice du Christ.


Bible moralisée de Naples f. 129r : L'Annonciation (Lc 1, 31-38)

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f. 129r : L'Annonciation (Lc 1, 31-38)

« Cest lystoire : Coment li angles Gabriel annuncia a la vierge Marie que ele devoit concevoir Notre Seignour Ihesu Crist. Ensi que saint Luc le dist en son evangile u primier capitle »

Thème célèbre s’il en est, maintes fois représenté dans l’art du Trecento, l’Annonce à Marie de sa conception prochaine du Christ est codifiée par la pratique picturale selon quelques modèles-phares. Le choix iconographique des grands maîtres siennois (Vierge assise au livre) n’a pas été retenu par l’artiste A du cycle néo-testamentaire de Naples. Par contre la Vierge surprise, debout dans sa demeure, par l’ange Gabriel qui vient s’agenouiller à ses pieds rappelle la composition d’ensemble du panneau de l’Annonciation peint vers 1343-1350 par Taddeo Gaddi (Fiesole, Musée Bandini). L’architecture de la maison à tourelle et balcon, représentée de trois-quarts, permet de varier les angles de vue à l’intérieur et à l’extérieur d’un espace construit : le théâtre de l’action se situe dans une salle quadrangulaire ouverte sur le devant et dépouillée de toute notation pittoresque – un lieu intellectualisé où l’irruption de l’ange équivaut, par métonymie, à la « pénétration du dedans par le dehors », l’Esprit de Dieu se manifestant sous la forme d’une colombe. Marie effectue un léger mouvement de retrait mais son regard abaissé vers l’envoyé céleste, ainsi que les paumes de ses mains ouvertes, manifestent son écoute et son acceptation : « Je suis la Servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit ! ». Telle est sa réponse au messager divin qui lui annonce qu’elle va être enceinte, qu’elle enfantera un fils et qu’elle lui donnera le nom de Jésus, tandis que l’Esprit saint darde sur elle ses rayons dorés. A droite, la porte close de l’édifice peut être une allusion à la maternité virginale de Marie, d’après les Pères de l’Eglise. L’Ange Gabriel tient à la main un long sceptre à fleur de lys – une fleur qui symbolise l’élection, le choix de l’être aimé dans la tradition biblique, et qui est devenu l’emblème de la Vierge Marie dans la tradition chrétienne. Sa robe couleur de feu, assortie à la petite flamme qui brille sur son front, ravive par contraste la palette aux teintes douces et nuancées de l’ensemble, et souligne avec éclat l’intrusion du divin dans l’humaine « réalité ». De fait, sur un plan théologique, le mystère de l’Incarnation repose sur le dogme du Verbe fait chair qui fonde la foi chrétienne. Avec l’Annonciation, on passe du monde de l’ancienne Loi à l’ère de la Grâce, du Rachat et du Salut, rendu possible à terme grâce au sacrifice du Christ.


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