Bible moralisée de Naples

Bible moralisée de Naples f. 187v : Incrédulité de saint Thomas (Jn 20, 26-27)

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f. 187v : Incrédulité de saint Thomas (Jn 20, 26-27)

« Cest lystoire : Coment notre Seignour Ihesu Crist apres sa resurrection apparut a ses disciples [et] a saint Thomas, [et] li dist : Thomas regarde mes mains, et met ta main en mon costey [et] non vueylles estre mescreant, mais soyes fiel. Ensi que saint Jehan le dist en son evangile, u vintisme capitle »

Après s’être manifesté à Marie Madeleine, le Seigneur visite ses disciples dans la maison où ils avaient coutume de se rassembler. Le Peintre B reprend le principe de la boîte architecturée ouverte sur le devant pour mettre en scène l’épisode de l’incrédulité de saint Thomas, mais à la différence de l’enlumineur A il ne force pas les obliques des lignes de fuite ; la perspective, unifiée, offre une vision illusionniste et « moderne » de l’espace représenté.

L’intérieur est dépeint comme une riche chapelle gothique au décor d’acanthes d’inspiration giottesque (cf. la chapelle Peruzzi en l’église Santa Croce de Florence, vers 1310-1315). Le plafond est simplement constellé d’asters dorés mais les imitations des marbres de couleur, en particulier au sol, témoignent d’un réel savoir-faire pictural. Les Onze (Judas n’a pas encore été remplacé) encerclent le Ressuscité apparu soudain parmi eux, « toutes portes verrouillées » (Jn 20, 26). Il dit à Thomas : « avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi » (Jn 20, 27). Une grande effervescence règne parmi les disciples qui se penchent vers Jésus ou échangent entre eux des regards interloqués. Le Messie s’est dénudé jusqu’à la taille pour découvrir son côté droit et garde son bras en l’air tandis que Thomas, agenouillé à ses pieds, pose ses deux doigts dans la plaie béante causée par la lance du centurion, lors de la Crucifixion. Le manteau du Christ s’est ombré de reflets bleutés et autour de lui, les robes des apôtres dessinent une ronde de teintes complémentaires, vives et acidulées. Les visages, tous différents, constituent une galerie de portraits sensibles et la main du maître se reconnaît au traitement très graphique des chevelures, aux volumes des corps à la fois amples et souples, sculptés par les plis des étoffes et les nuances chromatiques simulant la lumière. Le rendu des carnations est subtil et le torse allongé du Christ, d’un réalisme anatomique saisissant, irradie une clarté laiteuse signalant le véritable sujet de cette composition.
 


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