ET LE MONDE AURA UNE FIN


Les Éditions Moleiro, de Barcelone, sont spécialisées dans la reproduction de livres anciens, de codex et de cartes, parfaites oeuvres d’art réalisées à l’identique, en forme quasioriginale. Les ouvrages sont la réédition de livres remarquables parus il y a des centaines d’années. Même l’odeur du livre se retrouve. Et aussi son esprit tel qu’il était voici quelques centaines d’années, entre le VIIIe et le XVIe siècle, au temps des enluminures. Chaque ouvrage met en moyenne deux ans, voire sept ans, avant d’être achevé. Il est publié en un certain nombre d’exemplaires : 987. Il s’agit là d’une tradition de plus dans cette maison d’édition exceptionnelle qui nous permet de redécouvrir la magie de l’écriture, du dessin et de leur lecture.
 
Deux ouvrages sont en cours d’édition : L’Apocalypse de Val Dieu et L’Apocalypse et la vie de Saint-Jean en images.

 

L’APOCALYPSE DE VAL-DIEU

 
L’Apocalypse de Val-Dieu est un Codex réalisé en Normandie dans les premières décennies du XIVe siècle Il appartient à un petit groupe de quatre Apocalypses produites dans le Nord-Ouest de la France à la même époque. Il appartenait à la bibliothèque de la Chartreuse de Val-Dieu en Savoie au cours du XVIIe siècle et porte ses armes. Il comporte des illustrations avec des commentaires en latin et en français. Il est remarquable par le jeu des tonalités chromatiques, saisissantes et délicates, combinées avec un sens raffiné de l’esthétique. Toute une finesse d’esprit apparaît dans les nuances de ces enluminures réalistes. C’est comme une lumière. Un naturalisme élégant qui nous concrétise l’aventure humaine la plus fantastique : celle de l’Apocalypse. C’est-à-dire celle qui nous attend si l’on croit, si on l’accepte, le message du Christ relaté par Saint-Jean de Patmos.
 
Le manuscrit fut acquis par le British Museum le 6 mai de 1848 chez le libraire anglais Thomas Rodd, qui était aussi antiquaire et un spécialiste réputé de la culture espagnole.
 

L’APOCALYPSE ET LA VIE DE SAINT JEAN EN IMAGES

 
Ce Codex a été réalisé en toute probabilité au début du XVe siècle dans le Nord de la France. Il fut la propriété d’Alfred Henry Huth, un collectionneur et bibliophile anglais. Il présente en introduction et en colophon* une série d’enluminures remarquables sur la vie de Saint Jean l’Évangéliste. Dès scènes représentant la persécution, l’exil, les miracles, la dernière messe et la mort de Saint Jean. La fraîcheur du coloris et sa légèreté montrent le mouvement, le dynamisme d’une histoire qui est celle de la foi parfaite de Saint-Jean. Il s’était défini, et on l’appelle toujours, le disciple bien-aimé du Christ. En effet, tout est gracieux en ces dessins du livre. Comme un amour, puisque Saint-Jean est traditionnellement considéré comme le disciple de l’amour.
 

QUI SONT LES APÔTRES ?

 
Les apôtres ont été choisis par Jésus. Après sa mort, ils seront inspirés par l’Esprit Saint et ils suivront des voies indépendantes pour évangéliser d’un bout à l’autre l’Empire romain, et peut-être plus loin. Mais il ne s’agit pas de la part de Jésus d’un classique recrutement de personnel, ou de militants, et le Saint-Esprit n’est pas un enseignement. C’est une chose que l’on reçoit par une force supérieure, magique, extraordinaire. Ils proclament le Royaume de Dieu et rassemblent ainsi les hommesqui constitueront la nouvelle famille de Dieu. Mais la prédication du Royaume de Dieu ne se réduit jamais à un simple enseignement… elle est la parole de Dieu en personne. Beaucoup d’apôtres ont écrit un texte sur l’Apocalypse. Mais il ne faut pas voir celle-ci comme une simple annonce de ce qui va arriver. Car c’est Dieu, là aussi, qui parle. Une question se pose : pouvonsnous comprendre dans son intégrité la parole de Dieu, ou bien sommesnous condamnés à recevoir sa parole sans la comprendre ? Ce qui n’enlèverait rien à sa valeur religieuse, mais beaucoup à la perspicacité de nos analyses à son sujet. La réponse à ce dilemme est peut-être à trouver dans la définition de la personnalité de Saint-Jean, rédacteur de l’Apocalypse, sous la dictée du Christ, après la Crucifixion et la Résurrection de celui-ci.
 

QUI ÉTAIT SAINT JEAN ?

 
L’Apocalypse de Saint Jean a peut-être été écrite vers la fin du 1er siècle de notre ère. On ne sait pas exactement, si Saint Jean, frère de Jacques et fils de Zébédée, le compagnon bien aimé du Christ est le même que celui qui écrivit l’Apocalypse et que l’on appelle souvent Saint-Jean de Patmos. Seule quelque découverte future pourra peut-être un jour nous l’indiquer. Mais pour l’instant, il s’agit d’une tradition historique d’affirmer que les deux Saint Jean sont la même personne. On peut même dire que cela serait assez logique. L’Évangile de Saint Jean débute par la création de toute chose : Au début était le verbe, et le verbe était Dieu. En grec, le verbe, logos, signifie parole, pensée... Le triomphe du Verbe, c’est donc le triomphe de la pensée. Il n’y a pas d’existence sans la pensée. C’est ce que disait Léonard de Vinci. Allant plus loin, il en arrivera à conclure que l’humain ou l’oiseau décident par la pensée, à l’aube de leur vie, d’être homme, femme ou oiseau... En toute logique, pourquoi ne pas accepter que celui qui, inspiré par l’Esprit Saint, a défini le début du monde, n’en décrive pas sa terminaison ?
 

UN TEXTE AUTHENTIQUE

 
On peut bien sûr contester l’origine des Évangiles, penser que ce sont des écoles de pensée différentes du christianisme qui ont écrit chacun d’entre eux, mais cela est d’une importance très relative par rapport à la réalité des textes. La transmission orale jouait un rôle essentiel durant cette Antiquité sans imprimerie Gutenberg, sans ordinateur et traitement de texte. On savait retransmettre un récit sans en oublier une ligne, un mot... Le livre était le résultat d’un acte exceptionnel : l’écriture. Rappelons-nous les procès avant l’arrivée dans les chambres d’instruction des photocopieuses et de la machine à écrire. Un avocat devait se souvenir sans note des centaines de pages où se jouait la vie d’un homme. Les disciples du Christ se rappelaient oralement, exactement, passionnément, tous les faits concernant Jésus. Et ils arrivaient, aidés par ce qui était pour eux, l’aide du Saint-Esprit, à garder dans leurs mémoires ce que leur avait dit le Christ. Saint Jean va écrire ce que lui a dit Jésus sur sa révélation de la fin des temps. C’est la suite et la fin de l’histoire terrestre telle que nous la vivons tous. La suite vue par Jésus. Saint Jean n’est que le scribe. Et l’on se trouve nous, deux mille ans après, devant ce texte qui nous laisse commotionné. Par sa violence. Par cette annonce de tant de morts, avec tant de souffrances, et la mort ne veut plus dire la mort, telle que nous la concevons. Elle signifie la disparition dans l’Enfer, la tombée dans le néant, la destruction totale.
 
Mais est-ce pour autant que ces écrits de l’Apocalypse sont pessimistes ? Rien n’est moins sûr.
 

QUE NOUS APPORTENT LES ÉVANGILES ?

 
Les religions chrétiennes ont leur définition de la faute absolue, autrement dit du péché : C’est se couper de Dieu et refuser de se soumettre à ses commandements. Jésus est venu pour nous indiquer la voie de la soumission à Dieu, qui peut tout pour nous, et nous propose son pardon, dans notre vie présente ou une fois que nous serons morts. Dieu est ainsi amour, et le péché est de refuser cet amour qui implique une certaine façon de vivre et de penser.
 
La grande révolution de l’Antiquité fut cette venue du Christ sur Terre. Elle a eu des conséquences phénoménale : conversion de Constantin, instauration du pouvoir des papes à Rome, mise en place d’une culture judéo-chrétienne reconnaissant la valeur des civilisations grecques et romaines, tout en déplaçant le débat philosophique bien au-delà de la morale antique, au beau milieu de la passion.
 

DE L’ÉVANGILE DE JEAN À L’APOCALYPSE DE JEAN

 
Qu’apporte l’Évangile de Jean, le disciple aimé du Christ ? C’est une vision du début du monde et du mode opératoire de Dieu pour le créer. Et la démonstration que le Christ est venu pour préparer son achèvement, avec passage de l’humanité dans un autre monde, près de Dieu, ou retour au néant.
 
Le rôle de Saint Jean de Patmos va être une des pierres fondamentales de la psychologie chrétienne, toutes obédiences confondues, catholique, protestante, orthodoxe ou autre. Son écriture de l’Apocalypse va même pousser chacune des religions chrétiennes dans ses retranchements ultimes et les obliger à se remettre en question régulièrement, et par là, elles vont souvent se modifier. Parfois même, malheureusement, jusqu’à s’affronter entre elles dans des Guerres de Religion, comme on a pu le voir, encore récemment, entre Croates et Serbes, entre Ukrainiens et Russes.
 
Parce que dans l’Apocalypse, il est question du débat final qui va clôturer l’histoire de l’humanité. On a beau dire de nos jours qu’il faut prendre ce texte au sens symbolique, rien ne le prouve. Saint Jean affirme qu’il n’a que le rôle de scribe de Jésus. Et Jésus ne parle pas en utilisant des symboles, mais des paraboles. Son langage a toujours été clair, pratique, visionnaire, mais il proclame une vérité concrète et rien ne prouve qu’il faut l’entendre à un autre degré, dans une interprétation qui, au bout du compte, nous arrangerait. Si l’on est chrétien, on ne doit donc pas prendre les Évangiles pour des poèmes surréalistes. Ils proclament une foi. Ils demandent une adhésion. Libre à chacun de tenter de la pratiquer, de croire en ces écrits, ou bien de les refuser. Mais cela serait une faute historique de vouloir en atténuer le sens scriptural. Ce qui est écrit est écrit et reste écrit. Même si cela a été écrit il y a deux mille ans, rien de change. Le sens en a été conservé ne serait-ce que par la mémoire orale extrêmement développée à cette époque.
 

QUELLE APOCALYPSE ?

 
Mais que veut dire Apocalypse en grec ? Révélation. Celle-ci étant donnée par Dieu. Saint Jean écrit l’Apocalypse dictée par le Christ, et guidée par le Saint-Esprit. Et le Christ raconte ce qu’il sait parce qu’il est au contact avec Dieu. La seule façon de voir l’avenir, dans cette conception, ce sont ces Saintes Écritures. L’Apocalypse avec son discours dramatique est entièrement consacrée à ce futur où chacun va faire le choix de suivre la voie de Dieu ou de l’ignorer.
 
La force de tous ces écrits, à une époque où l’écriture était rare, c’est donc qu’ils raisonnaient par révélation. Parce qu’ils pensaient être un contact direct avec Dieu. Tous ces écrivains de la Bible étaient des magiciens. Au sens fort et élogieux de ce terme. Ils avaient des pouvoirs. Ils étaient capables de rencontrer des personnages extraordinaires, qui leur indiquaient la voie à suivre. Qui les bénissaient tel Melchisédek bénissant Abraham. Tel Dieu disant au même Abraham de ne pas sacrifier son fils et d’arrêter les sacrifices humains. L’histoire dela Bible, pour ces Chrétiens, c’est l’histoire d’une progression d’un peuple par bonds de conscience qui les poussaient en avant, vers une révélation finale. Et cette révélation ultime, c’est l’Apocalypse.
 

LA FIN DES TEMPS

 
En notre début de XXIe siècle, on pourrait résumer ainsi ce qui est dicté à Saint Jean : Une grande guerre aura lieu, une vraie guerre, pas une lutte intérieure contre soi-même... À cette guerre seront mêlés des centaines de millions de soldats. Et périra une immense partie de l’humanité. Cette guerre sera marquée par la présence d’êtres surnaturels. Elle sera marquée par les sept sceaux de l’Apocalypse. C’est-à-dire sept périodes marquées par des événements particuliers pour chacune d’elle. Ensuite, le Christ reviendra sur terre, et le royaume de Dieu sera établi sur terre. Les ennemis de Dieu et de l’humanité seront vaincus, envoyés en enfer. Ils disparaîtront peut-être définitivement. En tout cas, ils n’auront plus lieu d’être présents, morts ou vivants, dans notre monde de morts ou de vivants. Le texte de l’Apocalypse nous demande de faire le bon choix : suivre les armées du Christ, et non pas celles de ses ennemis. Croire en Dieu et en son fils. Tandis que les adversaires seront conduits au néant par les anges révoltés, déchus, autrement dit par cette entité que l’on appelle Satan dans le Nouveau Testament.
 
Bien plus que des règles morales, ce sont des règles de religion, des articles de foi, des pensées auxquelles on nous demande d’adhérer, sous peine de nous retrouver voués à cet Enfer et ce néant supposé douloureux.
 
C’est là où réside la puissance de ce texte et toute une partie de son mystère. Les premiers disciples du Christ furent persuadés qu’ils assisteraient de leur vivant au retour du Christ sur Terre. Saint Paul en premier. Les religions chrétiennes sont toutes persuadées que ce n’est qu’une question de temps. L’apparition de la Vierge à Fatima, par exemple, a dressé un triste tableau du futur du monde. L’arrivée de l’Apocalypse est toujours une réalité chrétienne et mystique. C’est une histoire attendue. C’est sur elle que reposent les religions occidentales qui ont façonné l’époque médiévale, puis la Renaissance, et le monde moderne. Y compris le Siècle des Lumières qui fut, quoique l’on dise, profondément chrétien.
 

L’OEUVRE OPTIMISTE

 
Comme Tintin, sans les images, l’histoire reste, mais la vision n’est plus la même. Qu’apportent les illustrations des différents codes de l’Apocalypse ? Elles ne constituent pas un décor. Mais une explication qui est un complément au texte. Dans les deux ouvrages sur lesquels travaillent les Éditions Moleiro, leurs enluminures nous donnent la réponse définitive à cette question : L’Apocalypse est-elle l’annonce d’une chose sinistre ? Et la réponse est non. Il s’agit d’une oeuvre optimiste. Elle ouvre le chemin vers un monde apaisé. Absolu. Où nous serons proches de Dieu. Et c’est une profonde espérance. Les illustrations sont empreintes de douceur, elles sont belles et joyeusement équilibrées. Parce que la Bonne Nouvelle, c’est justement celle-ci : Choisir Dieu permet à chacun d’être sauvé et d’atteindre le Paradis, c’est-à-dire le bonheur absolu, le but définitif de l’être humain.
 

LA CONCORDANCE DES TEMPS

 
Nous avons conscience, cependant, que nous ne sommes plus au temps de la rédaction de la Bible et de cette Antiquité qui est le fondement même de notre culture, de notre perception des choses. Le technos est intervenu à la puissance 10 dans le logos.
 
Des religions de nos ancêtres, nous avons gardé la mythologie grecque, le chamanisme des vieux peuples, la pensée de Zoroastre reprise en partie dans la doctrine égyptienne et chrétienne, avec, par exemple, le principe de la sanctification par les actes. Peut-être que toutes les religions humaines ont des sources lointaines, communes et très fortes. Il ne s’agirait pas là d’un confusionnisme gnostique, mais d’une convocation de toute l’histoire du monde, du mystère du monde et de l’interrogation du temps.
 
Nous n’avons certainement plus le même sens du temps, de l’énergie, de l’intelligence, que les habitants de la Palestine au temps de Néron. Notre compréhension de la Bible et en particulier de l’Apocalypse est influencée par la montée en puissance de l’esprit scientifique et du technos qui s’est puissamment développé depuis les découvertes de Galilée jusqu’à celles récentes de la physique quantique. La science n’exclut pas l’existence d’êtres vivants sur d’autres planètes ou d’autres plans de notre espace. La fascination poétique reste pourtant entière. Même si nombre de chercheurs seraient toujours d’accord pour reprendre le mot de Laplace qui répondait à Napoléon lui demandant où était la place de Dieu dans ses livres de théorie mathématique : Sire, je n’ai pas envisagé cette hypothèse.
 
L’évolution est plus qu’une hypothèse, mais le noyau de base de toute pensée scientifique permettant d’aborder le réel. Nous nous sommes éloignés d’un mouvement période pour l’idée d’un mouvement de convergence car les objets et les êtres auraient tendance à se grouper en ensembles de plus en plus complexes. Et plus c’est complexe, plus la conscience apparaîtrait. Il existe donc un lien entre la quantité de matière arrangée et la quantité de conscience. Les grands ensembles complexes auraient donc plus de conscience, plus de liberté, plus d’évolution encore possible...
 
Et c’est là où l’on voit toute la force littéraire, historique de l’Apocalypse de Saint Jean. Car, même dans ce contexte scientifique actuel, la beauté surnaturelle de ce texte reste intact, il peut être lu et relu, il agit sur notre conscient, il agit toujours sur notre inconscient, notre âme, notre esprit, et notre corps, certainement. Il donne ce que l’on appelle une révélation. Il nous enlève, ou nous met, nous ne le savons pas, dans une sorte d’état étrange qui concerne une partie de notre cerveau.
 
C’est le pouvoir des mots, de la parole secrète dont on aperçoit une des formes capables d’être entendue par un être humain, alors que nous abordons le monde surhumain, non logique, de la foi. Il établit lui aussi une convergence, entre les époques, les morales, les intelligences. Il annonce les structures complexes de ce qui est appelé le Jugement dernier. Qui nous annonce plus de liberté, plus d’évolution possible.
 
 * Marques et références d’un imprimeur sur un livre

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