Le Bréviaire d'Isabelle la Catholique

Le Bréviaire d'Isabelle la Catholique f. 28r, La Nativité

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f. 28r, La Nativité

Placée dans la section consacrée au temporal  – celui des saints – cette peinture, avec celle de l’Epiphanie, rompt stylistiquement cette partie, réalisée presque entièrement par le Maître du Livre de l’Oraison de Dresde. Son auteur est Gérard David (c. 1460-1523), pendant la première phase de travail du manuscrit. Il en a réalisé une autre lors de la seconde : le portrait de Sainte Barbara, dans la galerie des saints (f. 297r.). Une troisième a été exécutée par un grand peintre inconnu appartenant à l’atelier de Gérard Horenbout (c. 1465-c. 1540-1541), peintre qui a réalisé la première partie du Livre des Heures de Jeanne I de Castille, ou, peut-être, par Gérard David en collaboration avec lui. Egalement dans la galerie des saints, il montre Saint Jean l’Evangéliste en train d’écrire sur l’île de Pathmos (f. 309r.).
La peinture de la Nativité corrobore l’hypothèse selon laquelle la première phase d’exécution du Bréviaire a été réalisée pendant la seconde moitié de la décade de 1480. Cette peinture montre une influence évidente des œuvres de Hugo van der Goes (c. 1440-1482), spécialement du Triptyque de Portinari de 1475-1476 (Florence, Musée des Offices). La Nativité est liée à cinq autres versions où Gérard David explore quelques thèmes. Dans ce sens, le groupe central est pratiquement le même que la Nativité de Friesdam (New York, Metropolitan Museum) et le visage de la Vierge est semblable à une composition variante de la précédente du Musée d’Art de Cleveland. Dans le cercle intime qui présente, à gauche, un mur saisi en diagonale qui rompt le plan de la peinture et les bergers qui se penchent sur la partie ouverte de ce mur, il y a une influence de la Nativité du Livre des heures de William Lord Hastings (Londres, The British Library, Add. Ms. 54782, f. 106v.), peut-être peint par Sanders Bening (c. 1444/1445-1519), co-auteur lui-même du Livre des heures de Jeanne I de Castille. Le choix de Gérard David pour la réalisation de la Nativité, ainsi que des deux autres peintures dont on vient de faire mention, reflètent l’estime portée à ce peintre par le propriétaire ou le commanditaire initial de ce codex. Le style de David, par rapport à celui des deux autres peintres – et maîtres de leurs ateliers respectifs – qui ont réalisé la plus grande partie des peintures du codex, se caractérise par le renforcement graduel au moyen d’innombrables petites touches de pigment appliquées avec la pointe du pinceau ; technique assez similaire à la méthode utilisée pour constituer des traits dans les rares dessins attribués à ce peintre.
Entourée d’un liseré d’acanthes blanches dont sortent des fleurs et des fruits et où se posent quelques oiseaux, en plus d’une branche aux fleurs violettes sur fond doré, le tout en consonance avec les couleurs principales de la peinture, celle-ci montre la naissance du Christ, telle qu’elle apparaît habituellement au XVème siècle, selon l’iconographie italienne du début du XIVème en guise d’illustration du texte de la messe dans les livres liturgiques – comme on peut le voir pour la première fois, aux alentours de 1300 à l’initiale D de l’introït de la première messe de Noël du Graduel de Gisela von Kerssenbrock (Osnabrück, Gymnasium Carolinum, Library)–, ce à quoi il faut ajouter l’autorité conférée par la vision des Révélations de sainte Brigitte de Suède (c. 1303-1373). L’Enfant est couché entièrement nu sur un pli du manteau de la Vierge qui, à genoux, l’adore – le désignant ainsi comme le Sauveur du Monde – près de saint Joseph qui tient une petite bougie allumée – symbole de la lumière humaine, déjà inutile face au Christ, la Lumière du Monde – et de trois anges aux ailes multicolores. L’étable est, en réalité, une construction en ruines qui symbolise le déclin de l’ancien monde et du judaïsme en même temps qu’elle est particulièrement liée à la prophétie d’Amos (Am. 9 :11) sur la restauration du tabernacle de David. Ses fondations sont en pierre et, dans le fond, on aperçoit l’âne et le bœuf. Enfin, il faut souligner le traitement parfait du paysage que l’on aperçoit par les travées de l’étable, ainsi que l’utilisation d’une perspective empirique très habile.

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