Les Heures de Charles d’Angoulême

Les Heures de Charles d?Angoulême, Nativité (f. 18v)

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Nativité (f. 18v)

Le sujet de la Nativité intervient entre les matines du Saint-Esprit (f. 18) et prime des Heures de Vierge (f. 19). Il était courant dans le livre d’heures du Moyen Âge de faire correspondre à prime des Heures de la Vierge ce sujet iconographique.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas ici d’une enluminure, mais d’une gravure d’Israhel van Meckenem copiant une gravure de Martin Schongauer, grand artiste et graveur rhénan du dernier quart du xve siècle. On estime que ce dernier grava cette estampe vers 1480, ce qui laisse supposer qu’Israhel van Meckenem reprit le sujet peu de temps après. Testard est intervenu sur l’estampe pour transformer le visage de la mère de Jésus, et son regard, qu’il dirige vers le bas selon une attitude d’attendrissement respectueuse envers le fils de Dieu. L’estampe étant trop courte (Testard n’avait sans doute qu’un exemplaire rogné, sans marges), l’enlumineur a dû compléter le registre supérieur, en complétant l’appentis du toit de chaume. Il a aussi considérablement chargé l’arrière-plan, préférant souligner d’un léger trait doré le nimbe de la sainte, qui dans l’estampe d’origine, constituait un large disque occultant le paysage. Il a repositionné les deux bâtons de bois servant à caler le toit avec le mur de briques, et a dessiné un arbre. La partie inférieure de la page enluminée, a été, quant à elle, poursuivie par une simple mise au ton vert. L’artiste a pris soin ici de masquer les initiales d’Israhel van Meckenem par des brins de paille supplémentaires.

Il s’agit de la seule estampe au sein de ce qui constitue le cœur des Heures de Charles d’Angoulême, à savoir les Heures de la Vierge. Toutes les autres représentations (Annonciation, Pentecôte, Adoration des Mages, etc.) sont sous forme d’enluminures réalisées soit par Jean Bourdichon, soit par Robinet Testard. Pourtant, il devait être relativement aisé pour Robinet Testard de réaliser une enluminure sur ce sujet fort commun de la Nativité. Le recours à l’estampe est donc étonnant. Testard voulait-il absolument reprendre la composition nordique de Meckenem ? A-t-il employé cette estampe pour gagner du temps dans la décoration de l’ouvrage ? En l’absence de plus d’éléments, nous devons ici laisser la question ouverte.

Séverine Lepape
Conservateur - Musée du Louvre

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