Au terme de deux jours de chevauchée, on découvre l'océan et, sur la rive, il y a une cité appelée Courmos (Ormuz), qui a un port. Les marchands y viennent, je vous l'assure, avec leurs navires chargés d'épices, de pierres et de perles, d'étoffes en soie et en or, de défenses d'éléphant et d'autres marchandises. Ils les vendent aux marchands qui les transportent ensuite dans le monde entier, en les vendant à d'autres marchands. C'est une ville très commerçante. [. . .]
Leurs navires sont de piètre qualité et beaucoup font naufrage parce qu'ils ne sont pas cloués avec du fer, mais cousus du fil qu'ils fabriquent à partir de l'écorce des cocotiers, car ils battent l'écorce qui devient comme du crin de cheval dont ils font du fil et cousent leurs navires. Ce fil résiste bien et ne se détériore pas à cause de l'eau de mer, mais il ne tient pas contre une tempête. Les navires portent un mât, une voile et un gouvernail et vont à découvert sauf quand ils sont chargés ; on recouvre alors la marchandise avec des cuirs et, sur les cuirs, on place les chevaux que l'on transporte pour la vente. Ils n'ont pas de fer pour faire des clous, c'est pourquoi ils fabriquent des chevilles de bois dont ils clouent leurs navires. Ils les cousent ensuite avec le fil dont je vous ai parlé ci-dessus. Aussi y a-t-il un grand danger à naviguer sur ces navires, car beaucoup font naufrage. Il fait en effet fréquemment de très grandes tempêtes dans l'océan Indien.
Les gens sont noirs et ils adorent Mahomet. [En été] ils ne restent pas dans les cités à cause de la canicule, car tous mourraient, mais ils vont à l'extérieur, dans leurs jardins, où il y a des cours d'eau et de l'eau en quantité. Ils n'en réchapperaient cependant pas, n'eût été ce que je vais vous dire. Il est avéré qu'en été leur arrive souvent du désert qui est dans les environs de cette plaine un vent si excessivement chaud qu'il pourrait tous les tuer, n'eût été qu'aussitôt qu'ils sentent l'arrivée du vent chaud, ils entrent dans l'eau jusqu'au niveau de la tête et y restent jusqu'à ce qu'il soit calmé. Ils sèment leur blé, leur orge et leurs autres céréales au mois de novembre et les récoltent au mois de mars. Ils n'ont rien de vert, sauf les dattes qui donnent jusqu'au mois de mai ; tout cela à cause de la grande chaleur qui dessèche tout. Les navires n'en sont pas aussi détériorés, car ils les enduisent d'huile de poisson. Quand l'un meurt, ils manifestent un très grand chagrin, car ils le pleurent bien quatre ans et, au moins une fois par jour, ils se lamentent et se réunissent tous ensemble, parents, amis et voisins, pour faire leur deuil avec de grands cris et des pleurs. Laissons à présent cette terre.
Du plain de Formose et de la vallée doubteuse / « Et quant on a chevauchié ces II journées si trouve l'en la mer Occeanne. Et sur la rive a une cité qui est apellée Courmos, laquelle a port. Et vous dy que les marchans y viennent avec leur nefs chargées d'espiserie et de pierrerie, et de pelles, et de draps de soie et d'or et de dens d'ollifans, et d'autres pluseurs marcheandises. Sy les vendent aux marcheans qui, puis, les portent par universel monde, vendant aux autres marchans. Elle est ville de moult grant marcheandises . . . » (f. 14v)
Au terme de deux jours de chevauchée, on découvre l'océan et, sur la rive, il y a une cité appelée Courmos (Ormuz), qui a un port. Les marchands y viennent, je vous l'assure, avec leurs navires chargés d'épices, de pierres et de perles, d'étoffes en soie et en or, de défenses d'éléphant et d'autres marchandises. Ils les vendent aux marchands qui les transportent ensuite dans le monde entier, en les vendant à d'autres marchands. C'est une ville très commerçante. [. . .]
Leurs navires sont de piètre qualité et beaucoup font naufrage parce qu'ils ne sont pas cloués avec du fer, mais cousus du fil qu'ils fabriquent à partir de l'écorce des cocotiers, car ils battent l'écorce qui devient comme du crin de cheval dont ils font du fil et cousent leurs navires. Ce fil résiste bien et ne se détériore pas à cause de l'eau de mer, mais il ne tient pas contre une tempête. Les navires portent un mât, une voile et un gouvernail et vont à découvert sauf quand ils sont chargés ; on recouvre alors la marchandise avec des cuirs et, sur les cuirs, on place les chevaux que l'on transporte pour la vente. Ils n'ont pas de fer pour faire des clous, c'est pourquoi ils fabriquent des chevilles de bois dont ils clouent leurs navires. Ils les cousent ensuite avec le fil dont je vous ai parlé ci-dessus. Aussi y a-t-il un grand danger à naviguer sur ces navires, car beaucoup font naufrage. Il fait en effet fréquemment de très grandes tempêtes dans l'océan Indien.
Les gens sont noirs et ils adorent Mahomet. [En été] ils ne restent pas dans les cités à cause de la canicule, car tous mourraient, mais ils vont à l'extérieur, dans leurs jardins, où il y a des cours d'eau et de l'eau en quantité. Ils n'en réchapperaient cependant pas, n'eût été ce que je vais vous dire. Il est avéré qu'en été leur arrive souvent du désert qui est dans les environs de cette plaine un vent si excessivement chaud qu'il pourrait tous les tuer, n'eût été qu'aussitôt qu'ils sentent l'arrivée du vent chaud, ils entrent dans l'eau jusqu'au niveau de la tête et y restent jusqu'à ce qu'il soit calmé. Ils sèment leur blé, leur orge et leurs autres céréales au mois de novembre et les récoltent au mois de mars. Ils n'ont rien de vert, sauf les dattes qui donnent jusqu'au mois de mai ; tout cela à cause de la grande chaleur qui dessèche tout. Les navires n'en sont pas aussi détériorés, car ils les enduisent d'huile de poisson. Quand l'un meurt, ils manifestent un très grand chagrin, car ils le pleurent bien quatre ans et, au moins une fois par jour, ils se lamentent et se réunissent tous ensemble, parents, amis et voisins, pour faire leur deuil avec de grands cris et des pleurs. Laissons à présent cette terre.
Du plain de Formose et de la vallée doubteuse / « Et quant on a chevauchié ces II journées si trouve l'en la mer Occeanne. Et sur la rive a une cité qui est apellée Courmos, laquelle a port. Et vous dy que les marchans y viennent avec leur nefs chargées d'espiserie et de pierrerie, et de pelles, et de draps de soie et d'or et de dens d'ollifans, et d'autres pluseurs marcheandises. Sy les vendent aux marcheans qui, puis, les portent par universel monde, vendant aux autres marchans. Elle est ville de moult grant marcheandises . . . » (f. 14v)